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December 26 Noël la mort dans l'âmeCa fait quatre mois que Papa est mort. Et je n'y arrive toujours pas. Je n'y arrive toujours pas à ne pas trainer mon chagrin à la première contrariété, à ne pas avoir envie d'entendre sa voix à la moindre difficulté, et ne pas sentir injustice, manque et déchirement dès qu'un nuage voile le soleil.
Et Noël dans tout cela. Symbole d'enchantement et d'apaisement familial ce jour me ramène à ma déchirure. Je n'en peux plus de pleurer, je n'en peux plus d'être triste.
In my solitude,
You haunt me,
With memories,
That's never die.
September 04 Ecureuil volantLa semaine dernière on a enterré Papa. J'en ai encore du chagrin plein la gueule et de la douleur au bout des viscères. Mais larmoyer en permanence n'y change rien.
Je vais donc vous parler du plus incroyable écureuil volant qu'il m'ait été donné de rencontrer. Si vous le croisez en soirée, vous le reconnaitrez rapidement à sa vitalité et à sa capacité à dégommer les pistaches en un éclair de temps. Cet écureuil j'en suis accroc. Je suis accroc à son énergie, à sa capacité à lier le contact, à sa grande indépendance d'esprit, à son ouverture vers l'autre, à son sale caractère, à son sens de la pédagogie, à sa voix, à ses activités multiples, à son utopisme professionnel, à la sincérité de ses actes, à sa générosité tout azimut.
D'habitude je n'aime pas beaucoup les animaux autres que les chiens. Là je me prends d'affection pour un rongeur. Un rongeur qui sait être douceur, tendresse, râleur, délicatesse, grivois et bourgeois. Ce rongeur il n'est pas impossible que je vous en reparle plus souvent ici même. July 10 AnodineriesSur terre il y a des gens pas sérieux, des mecs un peu bizarres qui ne semblent pas vouloir boire le suc de l’existence. Des mecs qui cultivent l’hygiène de vie, qui courent tous les jours de la semaine et qui parfois font 35km toute course haletante par delà pics et montagnes. Des grands malades qui cultivent les performances du corps de façon absolument irraisonnée.
Dimanche dernier j’ai participé avec M & S à la transdécouverte. Il s’agit de la demi-transcalédonienne, cette course de fous qui courent à travers la Calédonie. Plus de trente kilomètres, un dénivelé positif supérieur à 1500m. J’imaginais une balade, de toute manière on marchera, on la jouera à la cool. J’ai cru que j’allais pas y arriver. Après 10 kilomètres déjà bien pentus ces gros débiles d’organisateurs nous ont mis une côte raide de chez raide. Heureusement Maurice André m’attendait tout là haut, sinon je ne serai pas monté ! Les premières crampes du quadriceps à 15 km de la fin m’ont plongé en mode RIMAP (Régiment d’Infanterie Militaire de l’Armée du Pacifique). Même sur une jambe je l’aurai finie cette foutue course ! Malheureusement, à 5km de la fin, M a abandonné, trop de crampes voire une déchirure sous la voûte plantaire. J’attends le médecin avec elle, il m’invite à courir rejoindre le PC 6 (le dernier point de contrôle où m’attend S). Je m’époumone, là-haut les organisateurs ne veulent pas nous laisser continuer mais la verve de S force le passage, nous courrons vers l’hippodrome de Boulouparis. L’arrivée, en courant, est une libération, j’exulte toute rage au ventre. J’en ai chié mais je suis fier d’en avoir chié jusqu’au bout. Quelles drôles de bestioles nous faisons nous autres humains…
Vendredi j’ai assisté à un beau mariage où j’étais heureux du bonheur des mariés. Malheureusement j’étais trop fatigué pour aller au bout de la fête. Le truc de malade dont je parle au-dessus m’a tellement flingué que j’ai chopé un big virus qui m’a mis kaput toute la semaine.
June 26 Les blouses musicalesC'est l'histoire d'un mec il est malade comme un chien à cause d'un putain de changement de saison, complétement crevé, cassé. Ce mec prend sa trompette et s'en va jouer avec sa troupe et aux premières notes son mal disparaît. Il halète joyeux, danse, rit, souffle avec bonheur.
La médecine moderne a bien des vertus mais il me semble que face à la musique nos blouses blanches ont beaucoup à apprendre. Il est curieux de constater à quel point chaque fois que je joue en groupe, que nous sortons ensemble quelques notes de musique, la joie revient et les petits soucis s'évaporent.
La notion de groupe est importante, je ressens nettement moins cet aspect salvateur lorsque je joue seul, même si j'y prends du plaisir.
L'animal social que nous sommes a besoin de construire communément pour s'épanouir, en musique le résultat est audible, palpable immédiatement.
L'animal stréssé que nous sommes a besoin d'occuper son esprit totalement a une cause pour oublier ses tourments. La musique est exclusive, aucune autre pensée que les notes jouées pendant qu'on souffle.
La catharsis musicale est donc un excellent remède et vaut bien tout le travail qu'on lui consacre. May 19 Photo de familleCinq trompettes réunies dans une même pièce, ça se fête !!!
Présentation, de bas en haut:
- la trompette dorée en UT, est une petite italienne, une Kalison. Cette marque ne fait plus aujourd'hui que des gros (et beaux) cuivres. C'est la trompette sur laquelle mon père a appris à jouer.
- la trompette argentée appartenait à mon oncle. Elle a une coulisse en si bémol et une coulisse en ut. C'est une petite banlieusarde, une Beaugnier, Mantes près Paris peut-on lire sur le pavillon.
- la troisième vient tout juste d'arriver. Elle est destinée à jouer dans la Fanfare Malawi. Il s'agit d'une Amati-Kraslice de facture modeste qui fait son job humblement. Une lada en quelque sorte.
- Sa branche d'embouchure n'est pas bien droite mais elle sonne pourtant superbement la robuste Conn Director 15B de 1967, un vrai tank américain !
- L'enfant chérie, la Geisha ! Yamaha Xeno 8335G, superbement juste à la sonorité puissante et à l'émission rapide. Fille de samouraï elle ne rêve que de virtuosité.
Seules les trois dernières prennent l'avion demain pour la Calédonie, je laisse les deux premières dans la demeure familiale.
April 24 Passeport musicalVous avez beau ne pas vraiment être musicien(ne), soufflez, tapez, grattez, chantez, et vous verrez s'ouvrir des portes vers des milieux humains vers lesquels vous n'auriez jamais eu l'occasion d'aller. Dans la grande complexité des espaces sociaux il est difficile de s'extraire de son cercle. La musique est un incroyable passeport pour entrer dans le cercle des autres.
Je dois avouer que cette fanfare me comble. Bien-sûr il y a beaucoup trop d'imperfections musicales, bien-sûr trop habitué à jouer seul j'ai d'immenses difficultés à jouer en groupe, mais le plaisir de jouer ensemble, et mieux encore, de faire la fête avec mes potes fanfarons est ENORME !
J'ai la sensation de vivre une sorte d'âge d'or, de contement maximal. Pourvu que ça dure !
April 20 Fanfare Malawi !March 28 Sujet à la modeLe message qui suit est hautement réactionnaire. Il est émis par un jeune con bourgeois et hautement privilégié dans le déroulement de son existence. Merci d’en prendre acte.
Regardez-là cette jeunesse qui pleure contre le CPE ! Cette bande de gamins qui joue à faire comme avant…
Qui sont ceux, en France, qui restent avec le même employeur plus de deux ans pour leur premier emploi ? Les fils de bourgeois ingénieurs et commerciaux et les culs bénis de fonctionnaires.
Les autres, tous les autres, triment et voguent de CDD en CDD, de stages en stages et d’intérim en intérim. Et si, avec le CPE, le patronat, ce gros salopard baveux qui crache sur les travailleurs pour s’en mettre plein les fouilles, le patronat donc, frileux de ne jamais tomber sur le bon jeune qu’il puisse exploiter jusqu’à son dernière glaire, préférait soudain proposer au jeune un CPE plutôt qu’un stage à deux balles ou un CDD à la mords-moi le nœud ? Et si, après vingt quatre mois de coopération, voyant qu’il est tombé sur un jeune pas trop nul, il décidait de lui proposer le Saint Graal d’aujourd’hui : un CDI !
Argh ! mais la question n’est pas là, voyez-vous, on préfère garder nos contrats d’intérim, être exploités la nuit, et être virés à la fin de notre contrat en sachant pourquoi on est viré plutôt que de vivre deux ans durant, imaginez deux ans !, avec la peur au ventre d’être mis à la porte sans raison !
Et puis, et puis, (écoutez l’argument de petit con embourgeoisé), jamais une banque ne voudra prêter pour acheter un appartement ou une voiture neuve ! Comprenez bien qu’à moins de 27 ans (au-delà le CPE n’est plus applicable) il est inconcevable de ne pas acheter ! Fichtre ! Jeunesse dorée de mes couilles putain va bosser et après tu achèteras ! Tu te prends pour qui petite bourgeoise de merde à vouloir acheter alors que tu portes encore des couches ?
Il y a toutefois un point que j’accorde aux anti-CPE, il concerne les difficultés à la location pour ceux qui n’ont personne pour se porter garant. Peut-être l’Etat devrait-il prendre des dispositions avec les agences immobilières, ces salopes méfiantes et suceuses de sang, pour éviter cela.
N’empêche la France est un beau pays de frileux, entre les banques qui ne prêtent qu’aux riches, les agences de locations qui demandent seize fois le loyer en garantie, les étudiants qui veulent la vie de Papa et Maman et les entreprises qui n’avancent que sous infiltration d’argent publique et effacement d’impôts, ça sent la moisissure d’un pays encroûté et dégoulinant de mauvaise foi.
Et le mieux, c’est de s’en foutre, alors je retourne à ma trompette.
Bordel !
March 03 Vache qui ritOn m’accuse, à raison je pense, de mépris envers les musiques populaires et modernes et d’extrémisme dans mes propos. J’en dégoute même certains avec mes discours haineux et hautains. J’écris donc ce billet non pour me défendre mais pour m’offrir la possibilité d’être compris.
La haine, peut-être suis-je trop humaniste à écrire cela, ne naît jamais de rien. Elle naît je pense du sentiment le plus noble que nous ayons : le sentiment d’injustice. Je parle ici de l’injustice que fait naître le formatage de notre génération. Jean-Pierre Coffe ne s’exclame-t-il pas « c’est de la merde ! » contre la malbouffe ? Et pourtant, un Big Mac a ses saveurs au même titre que la musique de Britney Spears. Le problème n’est pas que le Big Mac existe, le problème n’est pas que l’on puisse aimer manger un Big Mac, le problème vient de ce que certains ne mangent plus que des Big Mac et se coupent de fait des mille autres saveurs des cuisines du monde.
Au même titre que certains ne mangent plus que de la Vache qui rit et, pire que tout, ne savent plus apprécier un Saint Nectaire, ils sont nombreux ceux qui, parmi notre génération, n’écoutent plus que Britney Spears, Muse ou David Guetta et qui, à l’écoute d’une cantate de Bach ou d’un lied de Liszt grimacent. Car tout comme leur palais est formaté à la fadeur de la cuisine industrielle, leur oreille est polie par les musiques commerciales.
Alors oui, je trouve cela révoltant, je bouillonne de voir que par le martèlement des médias on coupe une génération quasi-entière du génie de Brahms ou Hummel et que l’uniformisation des âmes empêchent l’écoute approfondie d’une symphonie de Mahler et le plaisir qui en découle. Je pense même que ce nivellement par le bas a une fin, qu’il n’est autre qu’un obscurantisme moderne. Alors, comme Jean-Pierre Coffe je m’exclame et hurle contre toute « cette merde » qui nous bassine, et je méprise, et je dégoute de mépriser, et je deviens extrémiste d’un extrémisme proportionnel à mon dépit révolté. February 26 Britney SpearsJe ne suis pas si vieux mais il est déjà temps pour moi de faire ce que j'aime et seulement ce que j'aime.
Fin de la dispersion, du jeunisme social et de toutes ces conneries d'ado débile qui a peur de finir seul. La solitude bordel ! c'est le moins pire qu'on ait. Je ne pense pas continuer longtemps avec le groupe Ragga-Ska-Dance-machin truc. Je trouve ça lourd. Et indigent.
Non ! j'ai envie de suivre le projet de Charlie de l'ensemble de cuivres avec trompettes, tuba, trombone et cor pour faire de la musique classique. Hors jazz toutes les autres musiques me lassent très rapidement. Le pire ce sont les musiques de jeunes: quelle affreuse nullité ! J'en avais une petite idée en les écoutant. Le pire c'est de les jouer. Un ska jamaïcain traditionnel c'est deux accords. Même pas trois, deux ! Franchement je m'y emmerde à entendre et attendre un trio basse-batterie-clavier qui sort pendant quatre minutes les mêmes notes, j'ai l'impression que ça dure des heures !
C'est contre l'esprit du cuivre chantant, dandinant, serpentant. Vraiment vous les jeunes d'NRJ, et même ceux qui se voient intellos à aimer Ardisson ou Ben Harper, on vous apprend à aimer de la merde et vous l'aimez. Vous êtes affligeants, sans révolte, sans réaction. Plats, mous, juste bons à être manipulés et à descendre dans la rue pour faire plaisir à vos profs.
Que l'on comprenne bien mon anti-jeunisme. Je ne stigmatise pas. Je déplore. Et il s'applique pour dire vrai moins à une classe d'âge qu'à un état d'esprit. Tout aujourd'hui va au jeunisme. Il ne faut pas froisser le jeune. Non, le jeune est une force incroyable, son enthousiasme est porteur, qu'il s'exprime fichtre! qu'il appelle au crime et à la concupiscence avec son champ lexical d'huître! Que celui qui ose regretter le vice profond d'un Pierre Louÿs, la haine réelle d'un Céline enfermé dans sa prison danoise soit lapidé et brûlé sur la place publique ! Car il n'aura rien compris. Lle verbe enfumé d'un Doc Gynéco, la bave enrhumé d'un Joey Starr ont avantageusement remplacé tout cela ! Et oui, il faut conforter le jeune dans son rôle de futur petit électeur instrumentalisé et de consommateur avide.
Evidemment je n'ai rien contre la musique populaire. J'ai même un autre projet qui part sur de bons rails. Un projet de fanfare populaire qui, in fine, récolte des fonds et initie des gens à la musique via des instruments peu communs (les cuivres). Grâce à une musique joyeuse et d'accés immédiat.
Par la joie directe de la "Salsa du démon" prendre par la main quelques âmes et les amener à la joie transcendentale du concerto Brandebourgeois. Voilà le contraire du nivellement par le bas et la parfaite continuité de l'esprit des lumières ! Mais pour beaucoup cela sonne comme élitisme et condescendance.
Tant pis, que tout le monde écoute Britney Spears et mange de la Vache qui rit et on en parlera plus ! February 21 AutocritiqueSuite à mon précédent billet un bon ami m'a fait remarquer qu'une autocritique serait la bienvenue sur cet espace. Je ne saurai trop le remercier d'un si bon conseil. Je vais donc vous parler de ce modeste blog.
Bien loin de bien des espaces insipides ce journal de bord se complaît à apporter un soupçon de différence. Comprenez-moi bien, il ne suffit pas de se desespérer de ce que notre génération, en particulier, soit formatée, il faut faire preuve de bravoure et oser affirmer son amour de ce qui est désuet, has been, kitch diront les plus snob, de ce qui peut nous étiquetter hors sujet et autiste.
Je me plaîs donc à vous parler de jazz et de musique classique, à nier l'existence de la bienfaisance des musiques modernes qui ne sont bonnes qu'à nous faire remuer le bassin, et encore faut-il souvent vraiment avoir envie de se tremousser, à écrire avec application ce qui me transcende dans des mélodies s'appuyant sur un accord différent toutes les quatres mesures, ce qui m'exalte dans l'étonnante richesse des musiques séculaires que les musiques modernes zombis amnésiques et infertiles ont balayé d'un revers de main pour mieux nourrir de vide une plèbe avide d'oubli et d'immédiat et allergique à la réflexion, à l'étude subtile des variations, à la dissonance et à la transcendance non cocaïnée.
Je vous parle donc de ce que mon blog apporte à la blogosphère vaste zone de déchets et de ce qu'il se détache des petits écrits minables de mes camarades bien loin d'avoir mon style raffiné et enlevé. Je sais bien que ce message préfigure mon prochain procés, que des yeux mesquins de petits félins n'y verront que condescendance et étroitesse d'esprit alors qu'il y a là tant de grandeur rieuse et bienveillante. Mais tant pis, il fallait bien que ce blog aussi passe à l'examen minutieux de mon esprit acéré !
February 18 Chet's awardsAujourd'hui c'est jour de fête et de cérémonie !
Tout d'abord je tiens à saluer mon fan club unimembre (il se reconnaîtra) et à le remercier pour son soutien. Qu'il sache que je lis certains de ces mails paroles évangéliques lorsque le doute m'assaille.
Ensuite j'aimerai vous faire partager mes lectures quotidiennes et quasi-religieuse de blogs variés, bien écrits, vides, inintéressants, amusants, narcissiques, funky grouvy jazzy, naïfs, ridicules et documentés. Le prix de la causticité narcissique et autodérisoire pour le fantastique blog de PA ! Allez visiter sa section photos autoportrait et admirer le poétes sous toutes ses coutures, régalez vous de ses textes rageurs sur les bienfaits de l'administration, profitez de la sa culture cinématographique.
Le prix de la combativité journalistique, de la liberté d'expression, du goût pour une certaine forme de provocation cynique, tout cela avec une belle plume pour la carte de presse d'Alain Hertoghe. http://hertoghe.typepad.com/carte_de_presse/
Le prix de la nullité de style et de contenu, de l'absence de conversation, de la félicité dans le néant, de l'inintérressant, de la culture du lent et du futile et de la chafouinerie compliquée qui turlipine en se voulant simple pour Juliette, la déesse des ponts qui a trahi la noble cause des enrobés pour la staticité des ouvrages d'art (elle n'a rien compris à la vie).
Le prix de la pédanterie littéraire, du plaisir des mots, des réflexions pertinentes, des réglements de compte, des salons de thé parisiens, de la bonne conscience morale, du politiquement pas perturbant et du bon goût pour Pierre Assouline et son modeste blog La République des Livres.
Le prix de l'espace décalé et un brin ridicule, fils de l'esprit Canal et du PSG (pour le ridicule), des remarques hyper pas pertinentes, des questions réponses dont on se fout, et des photos cool-attitude pour Julien, le mec qui aime le cinéma comique au Parc des Princes.
Le prix spécial du voyage et de la découverte, du freelance, du récit blasé et de la photo sous-marine pour le couple de l'année, vadrouilleurs espiègles et amuseurs de bouteille de single mal, Flo & PJ.
Le prix de l'innocence calimeresque, de la fraîcheur naïve, des commentaires anti-si bémol, du récit oui-oui sans voiture et du politiquement trop correct pour notre ami HiTouch qui promène son sourire et sa spontanéité de soirée en soirée.
Le prix du récit à demi-mot et presque vide, de la joie malade, de la photo aérienne, des polices grasses très moches, de la chanson française, des dialogues cocasses, du plaisir de partager, de l'esprit Nuls et Groland pour Sac, le roi de la planche et des méduses.
February 13 GrisâtreTiens, ça faisait longtemps que je n’avais pas plongé. Faut dire je deviens autiste avec la musique. Je m’attendais à une plongée sans histoire, et le début le fut, tranquille ou presque. Ce foutu tombant et son grand bleu m’attire. Un gros trianodon obesus, quelques superbes loches, des poissons à foison habillent un paysage récifal magnifique. Enfin dans une zone à fort courant obligation de nager près du corail puis arrêt. Courant très fort. Je me tiens à quelques concrétions calcaires, à l’horizontale, « le vent » en pleine tête. Et là…putain là c’est de la folie furieuse qui se passe devant mes yeux. Une grosse trentaine de requins gris tourne devant, à l’affut dans le courant. Ils sont à dix mètres de nous autres plongeurs, spectateurs attentifs accrochés à nos coraux comme devant un vaste écran panoramique. Il y en a de toute taille, des adultes musclés et des petits mignons qui s’trémoussent devant nous et se meuvent indolemment dans le courant.
Après de longues minutes il faut bien partir, c’est qu’on en consomme de l’air à lutter contre le courant par moins vingt mètres. De retour sur l’îlot on est aux anges. Je me restaure et repars en randonnée de palmée. Napoléon géant, dauphins fugaces, gris menaçant, pointes blanches indifférents.
Retour à la ville.
Répétition. Arnaud est un vrai moteur créatif.
J’aime quand même mieux jouer Bach. February 05 AustéritéUne fois de plus je pensais être un vieux con à vous parler d'austérité et de frugalité. Je tape donc ces deux mots dans mon moteur de recherche préféré et que vois-je ? Je suis en fait un mec très in, dans l'air du temps. Ici je lis un ode à l'"austérité joyeuse" d'abandon de la surconsommation et de limitation de nos besoins, et là un traité "En finir avec l'idéologie de consommation, pour une société de frugalité".
Mais mon côté has been revenant à la charge, je ne vous parlerai pas de décroissance économique ni d'autres grandes causes pour la sauvegarde de notre planète mais bien de l'austérité dans ce qu'elle a de plus aride. Là où il est de bon ton de prôner l'hédonisme et la cueille des fleurs je préfère, en ce moment car tout n'est que passage, m'isoler dans des déserts sensoriels. Pour le plus grand plaisir de l'introspection et de la connaissance de soi. Pour le temps qui nourrit savoir et connaissance, pour la musique qui exige le recueillement, pour vivre simplement et décontorsionner l'âme. Il s'agit donc de reprendre goût à l'effort, parfois, et de s'affranchir de ce que tous les autres nous corrompent. De cesser d'être à travers l'autre mais de se persuader de son existence pour et par soi-même. Et de croire en une quête ultime et libératrice. Sans le perdre de vue, se défaire de l'Absurde qui nous habite, rendre du sens, pour soi, à des actes et s'élever du nihilisme jadis prôné. January 31 VraquierIl faudrait déconstruire pour progresser.
La connaissance de l'harmonie pour libérer les doigts.
A deux, une jouant à la tierce en dessous, ça sonnera trop beau !
La première date est au deux mars.
Toute majeure a sa mineure relative et vice et versa.
Fadosolrélamisi. L'instant du bonheur est celui où on espère, pas celui où on réalise. (Pensée anonyme et non partagée).
Il faut rêver très haut pour ne pas réaliser trop bas. (Alfred Capus)
Concerto pour trompette de Haydn.
Carnaval de Venise.
Jean-Baptiste Arban.
Accords tacites etc.
January 28 Bach 1 1/2CJe suis pas mal rassuré ce soir. Avec Charlie on a joué le Bach en duo, il y a encore beaucoup de boulot mais j'ai joué avec l'embouchure de Charlie, la Bach 1 1/2C Megaton. C'est celle que j'avais sur mon cornet. Là je suis passé à une Conn 7C qui me torture les lèvres. Avec la Bach le détaché est naturel et la souplesse des lèvres préservée. Je suis rassuré sur ce point car je vais bientôt recevoir ma Bach 1 1/2C Megaton.
Plus j'écoute de la trompette plus je suis accroc. Au moment où j'écris ces lignes j'écoute Carmen joué par Sergeï Nakariakov, le paganini de la trompette, et je suis fou de ce son, de cette vélocité, de ce timbre, de cet instrument lorsqu'il est bien joué, tout simplement. En plus il est tellement divers, ce soir on est passé de la pureté parfaite d'un Maurice André, au jazz jubilatoire de Wynton Marsalis, en passant par l'enchantement de Miles et en finissant par notre prodige russe et à chaque fois le son est différent, la couleur autre, l'atmosphère nouvelle. Ce cuivre là a mille visages.
Au bureau j'ai accroché des photos de cors d'harmonie aux murs. Si un jour je trahis la trompette, c'est bien pour le cor. Quelle beauté dans la courbure et quel son profond et pénétrant, comment ne pas adorer ?
Ce soir je suis tout cuivre. January 25 Y'a un truc qui me fait vibrerEn ce moment, chaque matin, chaque soir, j’écoute le concerto pour trompette de Georg Philip Telemann joué par Maurice André avec l’orchestre de Herbert von Karajan. La pureté du son de Maurice André y est absolument incroyable et, dès les premières notes de l’adagio l’invitation à l’élévation et au recueillement est bouleversante. Oui, c’est cela, cet adagio me bouleverse et je ne sais pas l’écouter sans frisson. Le timbre de la trompette de Maurice André y est une main qui caresse l’âme et la délicate plénitude de ses aigus une force céleste. Telemann était directeur principal des églises de Hambourg et la spiritualité de sa musique est une gloire à la chrétienté.
La richesse et la profondeur des œuvres de Bach, Händel ou autre Purcell, écrites pour l’Eglise, sont sans commune mesure avec les musiques idéologiques d’un XXème siècle qui finalement aura peu utilisé la puissance de la musique dans l’exaltation des idées. Aujourd’hui le nihilisme amnésique de l’individualisme occidental moderne nous abreuve de musiques futiles et vides. L’anéantissement de la grande culture européenne est en cours, il ne restera bientôt plus que Bruce Springsteen, Mary Higgins Clark, Andy Warhol, Steven Spielberg et quelques mangas. Mort à Tolstoï ! Mort à Bruegel ! Mort à Goethe ! Mort à Telemann ! Et que Maurice André aille au diable !
Et ne me faites pas chier parce que je suis un vieux con réac’ et passéiste, merci. January 22 Le maître parleUne cacophonie indéchiffrable, une balle qui rebondit, des objets qui tombent, des rires étouffés, puis le rugissement aigu d'une trompette et la voix de Wynton Marsalis: «Goal!» Le directeur du Jazz Lincoln Center joue au foot dans son bureau présidentiel avec le batteur Ali Jackson Jr. A chaque but, il entame un solo de free-jazz. «C'est l'heure de la récréation: The Magic Hour», dit-il, citant le titre de son nouvel album (Blue Note). Le Prix Pulitzer de la musique 1997 joue, à 42 ans, comme un gamin avant de reprendre son planning frénétique. Chef d'orchestre, compositeur, pédagogue, il enchaîne les disques (40 albums en vingt ans), les tournées (120 concerts par an, dont le Festival Blue Note, la semaine dernière, à Paris), les master classes et les récompenses (huit Grammy Awards). Seuls deux musiciens au monde sont surnommés «ambassadeurs» du jazz: Louis Armstrong et son héritier Wynton Marsalis. Les solos d'Armstrong naviguent dans l'espace à bord de Voyager 2; la statue de Marsalis se dresse sur une place du village de Marciac, où le trompettiste se rend chaque année pour le mythique festival Jazz in Marciac Je suis avant tout un gamin né à La Nouvelle-Orléans, héritier d'une longue tradition culturelle et musicale qui s'appelle le jazz. Mon père, Ellis Marsalis, a été un grand musicien et un fabuleux pédagogue. C'est lui qui m'a appris qui j'étais: un enfant du jazz. Il m'a appris que cette musique était un mélange de souvenirs sanglants, de bruits de chaînes, de champs de coton, de cantiques de rage et de désespoir, de parfum de riz créole et de haricots noirs servis sur un plateau de bois… Des mélopées d'espoir, de folie, d'amour, de chair, de sueur, de rêves, d'envols visionnaires. Il me disait: «Le jazz te fera vibrer. Le jazz t'apprendra à penser de façon sophistiquée. Le jazz te libérera de tes chaînes.» Cette musique a été notre instrument pour être reconnus et retrouver notre identité, qui avait été volontairement effacée, pour faire de nous des aveugles, des esclaves. Je veux que le jazz soit reconnu et je me battrai chaque jour de ma vie pour le jouer, l'enseigner, le propager. Qu'on m'admire et qu'on me craigne donc!
Quels sont les artistes de jazz qui vous ont accompagné tout au long de votre quête? Louis Armstrong et Duke Ellington. J'écoute depuis l'enfance le disque qui les réunit, Louis Armstrong with Duke Ellington (Blue Note), et que je conseille à tous ceux qui veulent découvrir l'essence du jazz. Une rencontre explosive entre le premier musicien qui a introduit l'improvisation dans l'histoire du jazz et le plus grand des compositeurs et des chefs d'orchestre. Ils l'ont enregistré en 1960; ils avaient tous deux 60 ans. C'est une sorte d'encyclopédie à plusieurs niveaux de lecture, à la fois accessible et sophistiquée. On y trouve les échos de La Nouvelle-Orléans et du ragtime, une fantaisie inouïe des phrasés, la virtuosité, le risque, l'ironie, la générosité et le sentiment. Lorsque je l'écoute, j'ai l'impression d'être enveloppé dans la chaleur du canapé de ma grand-mère. Je ferme les yeux et je rêve à ces deux grands ancêtres. Armstrong, un sourire dans une trompette. Ellington, une jungle dans un piano.
Et puis… Et puis Coltrane, car il a répondu à ma quête de spiritualité. Mon disque préféré est Crescent: lumineux, incandescent… d'une majesté céleste. C'est une suite d'états d'âme. Coltrane improvise un solo interminable et extraordinairement cohérent. Lorsqu'on improvise en jazz, on doit posséder l'art de la rhétorique, du discours. Plus le solo est long, plus il est difficile de garder une cohérence sémantique et de maintenir l'attention de l'auditeur. Coltrane manifeste son intelligence et sa profondeur à travers l'organisation de son discours musical. C'est un don rare, que je retrouve chez Beethoven, en particulier dans les quatuors à cordes, un hymne à la spiritualité.
Encore? Ornette Coleman, dans The Shape of Jazz to Come. Coleman part des conventions du jazz pour explorer de nouvelles possibilités. Il m'a appris qu'on n'est pas obligé de renier son passé pour innover. Il m'a dit un jour: «La rébellion est un symptôme de la dépendance. Tu peux avancer sans te révolter. Travaille dans l'urgence. Nos alliés sont la peur et le courage.» Parfois je me suis demandé ce que je ferais si je perdais ma dextérité. Cette crainte s'envole lorsque j'écoute l'un des derniers albums de Billie Holiday, Lady in Satin. Billie n'a plus de voix, son registre est plissé de rides… et pourtant, chaque mot qu'elle prononce semble jaillir d'un puits de souffrance et de vitalité, chaque note acquiert un véritable sens, comme si, avant elle, personne ne l'avait jamais chantée. C'est une écorchée vive, comme Chet Baker. Ils se donnent, offrent leur dernier souffle sur scène. Qu'importe alors la virtuosité!
Vous avez mentionné des artistes de jazz et de classique. Mais le rock vous a-t-il aidé ou influencé? Pardon?
Le rock? Le quoi?
Le rock… Ah! Vous voulez dire James Brown, peut-être?
Vous considérez James Brown comme un musicien de rock? On appelle ça du funk pour son rythme groove qui évoque une certaine négritude, mais le rock et le funk, c'est la même chose. Tout est né de Sam Cooke. Il fut le premier musicien à unir la ferveur du gospel aux passions démoniaques et sublimes de la chair. C'est ça, le rock: un bassin qui ondule en défiant le sens du péché. Cette tradition s'est perpétuée de Marvin Gaye (fils d'un pasteur) à Whitney Houston (ancienne chanteuse de gospel). Aujourd'hui, il n'y a plus beaucoup d'interdits. Quelqu'un a dit: «Rock is dead». Mais peut-être les rockers devraient-ils s'inspirer des musiques sacrées… Le jeu recommencerait.
Que pensez-vous de la nouvelle génération - Nicholas Payton ou Roy Hargrove, avec qui vous avez collaboré - qui introduit des éléments de hip-hop dans le jazz? Je ne considère pas leur musique comme du jazz. Le cœur du jazz est le rythme swing. Si vous appuyez un morceau sur un rythme funk ou hip-hop, ça deviendra un morceau de funk ou de hip-hop…
Vous voulez dire que ces musiciens s'éloignent des frontières du jazz? Oui. Je n'ai pas peur de dire que le jazz a des frontières. Ces musiciens sont capables de jouer du jazz comme d'autres styles. Ils ont choisi d'explorer des univers différents…
Pourtant, le jazz est une musique née d'un métissage. Le jazz a toujours incorporé d'autres styles musicaux pour s'enrichir. Le jazz a emprunté des sonorités d'ailleurs, mais de façon ponctuelle. Le rythme n'a jamais changé. Si Dizzy Gillespie utilise parfois les rythmes des claves cubaines ou introduit des variantes afro-cubaines, ce n'est que dans un ou deux morceaux, pas davantage. Gillespie a toujours gardé son style. Le jeu est toujours le même: rester soi-même, tout en gardant les yeux ouverts et en communiquant avec l'autre. Chaque artiste est confronté à ce choix. Le jazz a une identité bien définie, comme le hip-hop, la musique afro- cubaine, le tango. Si vous voulez reconnaître l'identité d'une musique, il suffit d'écouter attentivement ce que font la basse et la batterie, et vous saurez de quelle musique il s'agit. En allant à un concert de hip-hop, vous n'entendrez, la plupart du temps, aucun swing.
Ce qui distingue le jazz, c'est le swing, dites-vous. Souvent, on affirme que ce qui différencie le jazz des autres musiques, c'est également l'improvisation… Eh bien, c'est faux. Presque toutes les formes musicales utilisent l'improvisation: la musique indienne, afro-cubaine, africaine… Même les rappeurs improvisent. Vous pourriez me dire quelle serait la différence entre la façon d'improviser dans le jazz et dans ces autres musiques? Moi, je ne peux pas.
Revenons aux métissages: l'industrie musicale traverse une crise, mais les nouveaux genres - acid jazz, drum'n'bass jazz - sont très vendeurs. Le jazz est-il en péril? Premièrement, le jazz n'a jamais vendu énormément de disques, donc il a toujours été à l'abri des tremblements de terre du marché discographique… Lors de la crise de 1929, les pauvres ne se jetaient pas par les fenêtres, car rien ne changeait pour eux. Le jazz ne se lancera jamais par la fenêtre. Deuxièmement: les gens répondent à ce qu'on leur propose. Ce qui m'importe, c'est que le jazz garde son intégrité et incite les jeunes à monter toujours plus haut sans imiter des modes. Toute notre vie d'artiste est un combat intérieur entre une part de notre personnalité qui veut rester authentique, cherche une vérité, prend des risques, se pose des questions qui ne trouveront peut-être pas de réponses, ou trouveront des réponses qui ne plairont peut-être pas… Une part de notre identité est prête à suivre une tendance, facile à tout mélanger - le hip-hop, le jazz, le classique, comme du ketchup, des hamburgers et de la mayonnaise - et à chercher son plaisir immédiat, boulimique, dans une quête perpétuelle de nouveauté… Toujours affamés, obèses, et pourtant vides!
Vous voulez dire que le jazz est une musique qu'on n'a pas encore fini d'explorer et qu'il n'y a aucun besoin d'aller chercher d'improbables métissages? Lorsque je ressens le besoin de me ressourcer avec une autre musique, je plonge dans le Concerto de Haydn, mais je ne demande pas à mes musiciens du Jazz Lincoln Center de mélanger Haydn et Bud Powell!
Vous êtes un pédagogue de grande renommée. Vous multipliez les émissions télévisées de jazz, les master classes dans le monde entier, les publications et vos innombrables activités au sein du Jazz Lincoln Center. Pourquoi cette frénésie éducative? Pour une raison qui m'échappe, on apprend des chansons aux enfants et on joue de la musique avec eux uniquement quand ils sont petits. Dès qu'ils deviennent adolescents, on arrête. C'est une grosse erreur! Tout à l'heure, je disais que le jazz fait résonner en moi des souvenirs lointains dans la maison de ma grand-mère. Cette nostalgie traverse toute ma musique. Lorsque vous coupez les jeunes de leurs racines familiales, de leurs parents et grands-parents et que vous partagez des idées débiles comme le «fossé entre les générations», vous les mettez en péril. Ils deviennent des cibles du marché, exploitées dans leur sensibilité artistique et leur sexualité.
Par exemple? C'est ce qui s'est passé aux Etats-Unis au cours de ces quarante dernières années. C'est la raison pour laquelle les arts sont en déclin. Lorsqu'on alimente l'idée d'une «culture jeune», coupée de son passé, on génère des effets pervers. Les jeunes sont obligés de croire que, pour exprimer leur «jeunesse», ils doivent couper les ponts avec les gens plus âgés. Lorsqu'on arrive à cela, on perd la conscience de sa propre identité! N'oublions pas qu'à l'époque du nazisme on brûlait les livres pour contrôler les gens. Le IIIe Reich appelait ça l' «ordre nouveau». En Amérique, pendant presque quatre siècles d'esclavage - où les familles étaient éparpillées pour que les gens ne communiquent pas - on appelait ça le «Nouveau Monde». Le mot «nouveau» me fait peur.
A qui sert le Jazz Lincoln Center? Notre manifeste est le suivant: Jazz, on le joue, on l'enseigne, on l'écrit, on le chante, on le présente, on le filme, on le produit, on l'archive, on l'enregistre, on le diffuse, on le célèbre, on l'aime et on le partage.
C'est effectivement un beau programme... Cette institution vous a coûté 10 millions de dollars. Comment les avez-vous récoltés? Avec l'aide de 60 personnes, qui aujourd'hui font partie du staff, et grâce aux volontaires et à une armée de musiciens, dont Cassandra Wilson, Dianne Reeves, Bobby McFerrin, Ali Jackson…
Ces derniers ont participé à votre album The Magic Hour (l'heure magique). Après votre dernier projet pour orchestre symphonique et chœur gospel, vous revenez à une formule plus intimiste et swing: le quartette… Vous… [Soudain, Wynton Marsalis se lance dans un phrasé impromptu de trompette.] C'est pour L'Express, en inédit! Transcrivez-le! [Suivent quinze minutes d'impro de Marsalis à la trompette, accompagné par Ali Jackson tapant sur tous les supports qu'il trouve dans la pièce: tables, verres (en cristal, disent-ils), étagères, chaises…]
Vous n'arrêtez pas de jouer, n'est-ce pas? Où est le Marsalis institutionnel que tout le monde décrit? Vous avez bien vu comme je suis à Marciac: je passe d'un concert à un dîner chez l'habitant, d'une master class pour les enfants à un terrain de foot. Puis je prends un avion et me retrouve à côté de Kofi Annan. La vie et la musique ne sont qu'une seule chose. Le jazz scande les instants de notre existence. Tous ses styles servent à nous raconter, nous réconforter, nous défouler: le jazz Nouvelle-Orléans, le free-jazz, le blues, le shuffle, les ballades et l'improvisation… The Magic Hour représente cette force de cohésion: je voulais un disque qui exprime ma façon de passer d'une joie enfantine, ludique (chaque titre est composé d'un jeu de trois mots: Big Fat Hen, Rosie Rose Rosalee…), à un sentiment de mélancolie, puis de rebondir à la vie avec un blues sensuel (Feeling of Jazz). Et, pour montrer que le jazz est une famille, j'ai voulu l'enregistrer avec des musiciens que je connais depuis l'enfance [Eric Lewis au piano, Carlos Henriquez à la basse, Ali Jackson à la batterie].
Deux titres de ce nouvel album sont interprétés par Dianne Reeves et Bobby McFerrin, des chanteurs dont vous êtes très proche… Je voulais absolument que Bobby participe. J'avais composé une ballade, Baby, I Love You, pour qu'il la chante dans le disque. Je la lui ai envoyée. Quelques jours plus tard, il m'appelle: «Wynton… Ta musique est superbe mais, mon vieux, tes textes sont… nuls!» J'ai ri et je lui ai proposé de les réécrire.
Comment McFerrin a-t-il transformé votre texte? Voici le mien [il chante et rit en même temps]: «Baby, baby, oh baby baby, I love you. In the morning when I brush my teeth. In the evening time, even when I sleep» (Je t'aime... Le matin lorsque je me brosse les dents. Le soir, même quand je dors). Pathétique… Et, en plus, j'ai honte de le dire, mais je me sentais très inspiré lorsque je l'ai écrit… Et voici le sien: «Baby, Baby I love you. There's just a position of how our hearts entwine, the definition is that you'll be mine for ever. When I'm working on my nine to five, I get no work done ‘cause you're on my mind» (Il n'y a qu'une position pour que nos cœurs se joignent. La définition, c'est que tu seras à moi pour toujours. Lorsque je travaille de 9 à 17 heures, je ne fais rien, car tu es toujours dans mes pensées). C'est la différence entre un jongleur et un poète… Ses paroles ont toujours un swing, une poésie.
Et Dianne Reeves? Pour Dianne, j'ai composé Feeling of Jazz. J'aime cette femme. Je suis amoureux de son timbre de voix si changeant - parfois éraillé, parfois soyeux et lisse comme le velours - de son phrasé si swinguant, de son âme et de sa sensualité qui débordent de chacune des notes qu'elle scatte, de chacun des mots qu'elle prononce.
Après vingt ans passés au sein de la major Columbia, ce disque marque aussi votre entrée dans l'écurie du mythique label Blue Note… A quoi est dû ce changement? C'est l'histoire d'un mariage et d'un divorce. Je me sentais profondément seul et incompris. Chez Columbia, personne ne connaissait une seule note de jazz, c'est devenu un label de pop. Je suis parti et aujourd'hui je suis un homme épanoui: Bruce Lundvall, le président de Blue Note, est un ami, un passionné. C'est le seul patron d'un label que vous verrez tous les soirs à un concert. Bruce est un habitué du Village Vanguard comme du plus inconnu des clubs de jazz. Il est dans ce milieu depuis quarante ans et il a compris que, pour faire de grands disques, il faut laisser les artistes décider tout seuls de leur projet.
Et leur laisser le risque de se tromper? Thelonious Monk disait: «Wrong is right» (L'erreur est juste). Je n'ai rien à ajouter. January 18 Voyage au bout de la nuitIl est d'étranges nuits où, alors que tout n'est plus que souffle de silence, l'absence de lumière nous habite et une voix lointaine nous chante la Norma. Ces étranges nuits il serait préférable d'être - vraiment ? - ce monstre d'égoïsme qu'il nous est reproché d'être.
Et qu'on ne vienne pas me faire chier d'avoir écrit un message triste, merci. |
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